Cinéma

Le sang des pauvres (7 minutes, 2016 – 2020)

J’ai tourné ce projet en 2016 lors de mon échange universitaire à Bogotá (indépendamment de l’Université cela dit) sans jamais réussir à en tirer un montage satisfaisant. Je le mets en ligne aujourd’hui en partie pour enterrer la hache de guerre avec cette idée de film.

Quand je suis arrivé en Colombie, je me suis plus ou moins interdit de travailler sur des idées de scénarios avant d’avoir passé un certain temps à essayer de comprendre la langue et la culture. Je voulais éviter à tout prix d’imposer ma vision du monde sur un pays que je connais à peine.

Par la suite, l’envie de réaliser un projet avant de rentrer en France a repris le dessus et j’ai commencé à rêvasser autour de cette idée d’une adaptation (très libre) du roman de Jean Giono, Un roi sans divertissement.

C’est un livre que j’ai lu quand j’étais au lycée puisqu’il était au programme et qui m’avait marqué malgré que je ne m’en souvienne que de façon confuse. J’ai appris par la suite que l’obsession de l’assassin de Giono était en partie inspirée d’un extrait de Lancelot du Lac dans lequel il transperce une oie accidentellement avec sa lance et s’extasie devant son sang sur la neige.

Cette image du chevalier s’extasiant face au contraste du sang frais sur la neige blanche a été centrale au film. Mais mon décor était bien loin de la campagne française du XIXème siècle de Giono, j’allais tourner dans les rues mal éclairées de Bogotá.

Un autre élément fort était le choix d’un personnage principal européen auquel je pouvais m’identifier partiellement.

A travers ce personnage, je voulais traiter de différentes choses : la discrimination positive que j’ai connu en tant que français, l’incompétence de la police et l’état de certains habitants de la rue (indigentes) qui, à force de sniffer de la colle et s’enfoncer dans la misère, semblaient lentement perdre leur humanité. J’en étais venu à me dire, un soir, en marchant dans la rue : si je tue ce clochard sans même me cacher, personne ne viendra enquêter sur sa mort. Et si c’était le cas, personne n’oserait même me suspecter.

Mes amis colombiens avaient aimé le scénario et ce qu’il cherche à dénoncer, on a donc tout tourné en une journée avec pour seul document de tournage une page de mon cahier de cours où j’avais raturé les grandes lignes du récit.

Le tournage a été bien trop improvisé et c’est en grande partie pour cette raison que j’ai eu autant de mal à terminer le montage. Pour la séquence finale, on a tourné devant ce mur tagué du quartier de la Soledad et, comme on filmait en plan large, plusieurs voitures ont cru assisté à une véritable scène de meurtre. J’étais stressé, peu en contrôle de la mise en scène, et obsédé par les propos de Rivette dans De l’abjection et de sa reprise par Serge Daney lorsqu’ils parlent de la bonne manière de filmer la mort :

« Certains cinéastes, en effet, n’étaient pas des imposteurs. C’est ainsi que, toujours en 1959, la mort de Miyagi dans Les Contes de la lune vague me cloua, déchiré, sur un siège du studio Bertrand. Car Mizoguchi avait filmé la mort comme une fatalité vague dont on voyait bien qu’elle pouvait et ne pouvait pas ne pas se produire. On se souvient de la scène : dans la campagne japonaise, des voyageurs sont attaqués par des bandits affamés et l’un de ceux-ci transperce Miyagi d’un coup de lance. Mais il le fait presque par inadvertance, en titubant, mû par un reste de violence ou par un réflexe idiot. Cet évènement pose si peu pour la caméra que celle-ci est à deux doigts de « passer à côté » et je suis persuadé que tout spectateur des Contes de la lune vague est alors effleuré par la même idée folle et quasi superstitieuse : si le mouvement de la caméra n’avait pas été aussi lent, l’évènement se serait produit « hors champ » ou – qui sait ? – ne se serait pas produit du tout. »

Depuis, j’ai repris le projet une dizaine de fois certainement. J’ai essayé d’écrire une voix off, pensé à tourner de nouvelles scènes, songé à transformer le film en faux documentaire sur le tourisme meurtrier…

Au cours de ces nombreux allers-retours, j’ai pu me renseigner davantage sur ce qu’on appelle « le nettoyage social » (limpieza social). Il s’agit d’un phénomène qui a eu lieu dans différents pays d’Amérique latine et d’Afrique où des citoyens, des milices voire même de simples groupes de voisins cherchant à « protéger » leur résidence et ses alentours sortent dans la rue et assassinent des clochards, des travailleuses et travailleurs du sexe ou des présumés voleurs pensant faire justice.

Il est très difficile d’estimer à combien se porte les chiffres réels de ce phénomène puisqu’il est totalement passé sous silence mais le Centro Nacional de Memoria Historica de Colombie a publié un rapport intitulé « Limpieza Social, Una violencia mal nombrada » dans lequel il affirme notamment qu’entre 1989 et 2013, rien que dans le quartier de Ciudad Bolivar à Bogotá, on compte 170 personnes assassinées dans le cadre du nettoyage social.

Le principe même de cette forme de génocide fait froid dans le dos mais il est révélateur d’une problématique plus commune concernant la valeur que l’on octroie à chaque vie humaine. Sans parler de « nettoyage social », le cas de George Floyd aux États-Unis et les mouvements qui ont suivi sont révélateurs de cette différence d’évaluation de la valeur même de la vie humaine.

Au début de son livre Qui a tué mon père ?, Édouard Louis traite de ce sujet :

« Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l’intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond que le racisme est l’exposition de certaines populations à une mort prématurée. Cette définition fonctionne aussi pour la domination masculine, la haine de l’homosexualité ou des transgenres, la domination de classe, tous les phénomènes d’oppression sociale et politique. Si l’on considère la politique comme le gouvernement de vivants par d’autres vivants, et l’existence des individus à l’intérieur d’une communauté qu’ils n’ont pas choisie, alors, la politique, c’est la distinction entre des populations à la vie soutenue , encouragée, protégée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre. »

Pour autant, je n’avais pas envie de parler du point de vue des victimes ou de faire un « film social » larmoyant. Je voulais d’un personnage principal proche du « roi » de Giono dont la plus grande crainte est celle de s’ennuyer.

Car finalement c’est peut-être ça le plus triste… ces personnes qui ont absolument tout et qui l’ont obtenu en versant « le sang des pauvres », ils s’ennuient terriblement.

Voilà tout ce que j’aurais aimé dire dans ce film.

Dernières Paroles (17 minutes, 2017)

Dernières Paroles est le premier court-métrage pour lequel j’ai monté une équipe, composée de neuf personnes, et cherché des financements. Il raconte l’histoire de Kali, une jeune femme née au sein d’une communauté qui a décidé de vivre dans la forêt, à l’écart de la société. Un jeune homme venu de la ville, symbole incarné de sa curiosité pour le monde moderne, cherche à l’attirer vers les routes goudronnées et la lumière des lampadaires.

Dernières Paroles raconte l’histoire d’une impossibilité : celle de vivre différemment, de croire aux alternatives, d’échapper au système dominant.

Un roi sans divertissement (9 minutes, 2018)

Court-métrage réalisé à Bogotá, durant mon échange universitaire à la Universidad Nacional de Colombia. Il s’agit d’une adaptation libre du roman de Jean Giono dans laquelle « le roi » devient un jeune européen ennuyé par sa routine d’homme privilégié. Son obsession pour le meurtre et le sang devient sa seule source d’émotion.

De la couleur de l’obsession (7 minutes, 2016)

En 2015, j’ai filmé un total de 524 vidéos à l’aide d’un caméscope de poche. De la couleur de l’obsession est un exercice de montage et d’écriture de voix-off à partir de ces images et des motifs récurrents que j’ai pu y trouver en les visionnant.

Hors-champ (5 minutes, 2013)

Hors-Champ est un projet sur lequel j’ai travaillé avec Alexandre Caretti lorsque nous étions au lycée, le but était de réaliser un court-métrage en un week-end. Il raconte l’histoire d’un patient dans le déni vis-à-vis d’un vol qu’il a commis. Pour éviter d’avoir à affronter la réalité, il accuse différentes facettes de sa personnalité.

A la fleur de la jeunesse (22 minutes, 2014)

A la fleur de la jeunesse est le premier court-métrage que j’ai réalisé en dehors du cadre scolaire. C’est un projet co-réalisé avec Alexandre Caretti lorsque nous étions en classe de terminale, il a été pensé en binôme puisque nous écrivions chacun la partie correspondante au personnage que nous allions interpréter. Le film s’inspire grandement de ce que nous vivions à cette période-là et traite de l’indécision face aux choix d’orientation (et de vie) à la fin du lycée.

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